Le glyphosate est-il toxique?

L’autorisation d’utiliser le pesticide star de Monsanto vient d’être reconduite pour 5 ans par l’Union Européenne, malgré les preuves qui s’accumulent contre lui.

 

Le glyphosate est un pesticide très (très) répandu

Plus de 8000 tonnes en sont déversées chaque année rien que sur les sols français. Les 2/3 des agriculteurs utilisent du glyphosate dans leurs champs de blé, de maïs ou de colza, mais aussi de nombreux jardiniers du dimanche. Si le Roundup est le plus connu, 750 pesticides contiennent du glyphosate. Il pénètre dans le sol, contamine l’eau et les cultures… jusqu’à notre assiette. L’ONG Générations Futures en a découvert des résidus dans des céréales pour le petit-déjeuner (90% des références testées ), des lentilles ou encore des pâtes. En pratiquant des analyses sur 30 personnes, ils ont aussi découvert que tous avaient ces mêmes résidus dans le corps.

Les scientifiques pensent qu’il est SANS DOUTE cancérogène

Pourquoi n’affirment-ils pas tout simplement que le glyphosate peut provoquer des cancers ? Même s’ils ont des preuves solides, ils n’ont pas d’étude sérieuse réalisée sur l’homme. Et pour cause: on ne peut pas soumettre un groupe de personnes au glyphosate pour vérifier ses effets. Les recherches menées sur des animaux sont tout de même suffisamment préoccupantes pour que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’OMS, classe le glyphosate comme « cancérogène probable ». Le CIRC s’appuie aussi sur des études épidémiologiques, qui ont établi un lien entre des agriculteurs exposés au glyphosate et des cancers du sang. Aux États-Unis, les travailleurs agricoles sont même plusieurs centaines en procès contre son célèbre fabricant, Monsanto. D’autres travaux réalisés en laboratoire font suspecter un effet nocif sur la fertilité, ou encore sur le développement du fœtus. Les chercheurs n’excluent pas que même une petite dose puisse être délétère, car elle peut être potentialisée par d’autres toxiques présents dans notre environnement : c’est « l’effet cocktail ».

Monsanto serait au courant depuis longtemps

Dans le cadre du procès opposant Monsanto à des agriculteurs, la justice américaine a donné accès à des centaines de messages issus de la correspondance interne de la firme. Les « Monsanto Papers », publiés au cours de cette année, ont révélé que le géant de l’agrochimie avait, dès 1999, de gros soupçons sur le caractère cancérogène du glyphosate. Monsanto savait aussi que les adjuvants, ajoutés au pesticide pour le rendre opérant, augmentaient nettement la toxicité du produit final. Les Monsanto Papers dévoilent enfin des pratiques de manipulation et d’intimidation. Certains documents, cités par le quotidien Le Monde (édition du 17 mars 2017), montrent ainsi que l’entreprise a bénéficié d’un traitement de faveur au sein de l’Agence américaine de protection de l’environnement, afin d’obtenir une évaluation positive du glyphosate.

Pour l’Union Européenne, tout va bien

Deux agences européennes maintiennent le glyphosate « non-cancérogène pour l’homme », dans des rapports récents. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) s’opposent ainsi à l’avis du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). La différence apparaît au niveau des études scientifiques analysées par les trois institutions. Le CIRC n’a tenu compte que des travaux publiés dans des revues scientifiques, en vérifiant l’absence de conflit d’intérêt. L’Efsa et l’Echa sont, elles, l’objet de vives critiques pour leur manque d’indépendance. Et pour cause : elles ont fait rentrer dans leur analyse des études fournies par Monsanto, et qui n’ont jamais été publiées. Il existe de forts doutes sur ces travaux. Les Monsanto Papers ont ainsi montré que la firme finançait des études qu’elle modifiait et réécrivait à son avantage. Le débat a été relancé au mois de novembre par une publication du très sérieux Journal of the National Cancer Institute. L’étude semble écarter tout lien entre le glyphosate et le risque de cancer. Mais sa méthodologie est critiquée. Des messages issus des Monsanto Papers montrent que même des scientifiques de Monsanto affirmaient en interne, au début des recherches, que cette méthode biaisée ne permettrait jamais d’établir un lien entre le glyphosate et le cancer.

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