Immigration : la France est-elle laxiste ou rigide ?

Les chiffres sont nombreux et complexes, faciles à manipuler. Ils servent de base à des discours parfois entièrement contradictoires. Pour savoir ce qu’il en est réellement, peut-être faut-il se comparer aux autres pays.

Une terre d’asile…

L’OCDE1 propose des statistiques et des analyses sur les principaux pays riches de la planète. On peut y voir que l’immigration augmente régulièrement en France depuis plusieurs décennies. 256 500 arrivées ont ainsi été comptabilisées en 2015, soit 46 000 de plus qu’en 2009. De manière générale, l’OCDE constate que l’immigration s’est beaucoup accentuée au niveau mondial. Les principales causes sont les guerres et leurs conséquences, comme en Syrie, en Irak ou en Libye.

pas si généreuse

La France est le 5è pays d’accueil sur les 35 nations de l’OCDE, mais l’écart avec les États-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni est très important. Si l’immigration a augmenté de 2% en 2015 en France, elle a crû de 20% en Allemagne, qui a accueilli plus de 2 fois plus de migrants. Avec une population moins nombreuse, le Royaume-Uni a ouvert ses frontières à 120 000 immigrés de plus que la France. En 2017, les chiffres du ministère de l’Intérieur montrent une augmentation des titres de séjour plus forte que les années précédentes, de presque 14%. Elle est principalement due à la hausse du nombre de demandeurs d’asile, mais aussi à un bond de 20% des étudiants étrangers, ou encore des immigrés qualifiés qui bénéficient du « passeport talent ». Si l’on rapporte le nombre d’immigrés qui pénètrent chaque année sur le territoire à la population française, on obtient toujours un chiffre de 0,3 à 0,4%, ce qui reste sous la moyenne des pays de l’OCDE (0,7%). Enfin, si l’on s’intéresse à la proportion d’étrangers parmi les Français, nous sommes 17è sur 35.

L’immigration augmente par les réfugiés

Plus de 100 000 personnes ont déposé une demande d’asile en France en 2017, ce qui représente une forte hausse par rapport à 2016 (+ 17% ). Le nombre de personnes qui obtiennent le statut de réfugié augmente mécaniquement en France à cause de l’augmentation des demandes. Mais d’après les données de l’OCDE, le taux d’acceptation des autorités françaises est inférieur à la moyenne des pays européens. Selon les années, 30% à 35% des personnes qui effectuent une première demande d’asile obtiennent le statut de réfugié en France, alors que la moyenne européenne est de 62%. C’est un statut difficile à obtenir. Il ne suffit pas de venir d’un pays en guerre, il faut prouver que l’on est soi-même en danger. Si 95% des dossiers syriens étaient acceptés ces dernières années, c’était le cas de seulement 6,5% des Albanais et 2,8% des Haïtiens. Ces chiffres montrent que la France ne laisse pas entrer sur son territoire des immigrés « économiques » par la voie du droit d’asile.

Le tour de vis d’Emmanuel Macron

La France s’est parfois montrée plus généreuse, en 2013 et en 2016, notamment. Depuis 2017, elle renoue au contraire avec la fermeté. Le gouvernement veut réduire l’immigration « économique », c’est-à-dire causée par la pauvreté. Cela passe essentiellement par une lutte contre l’immigration illégale. Et pour cause : les étrangers dans la misère obtiennent difficilement un titre de séjour pour travailler en France. Plutôt que de quitter le territoire, certains vont alors grossir le groupe des 300 000 à 400 000 immigrés clandestins. Le ministère de l’Intérieur a émis ces derniers mois des circulaires encourageant les préfets à multiplier les expulsions. Depuis le 12 décembre, les autorités ont également la possibilité de contrôler les étrangers dans les centres d’hébergement. Les mesures censées décourager les migrants sont parfois jugées violentes : des tentes lacérées par les forces de l’ordre à Paris, au mois de décembre, ou encore des couvertures et des abris détruits à Calais. Au printemps prochain, un projet de loi sur l’immigration sera présenté aux députés. Son contenu a déjà provoqué la colère des associations. On y trouve en particulier le doublement du temps légal de rétention administrative, de 45 à 90 jours. Cette politique commence à porter ses fruits dans les chiffres. Les expulsions ont augmenté de 14% en 2017. Une hausse très nette par rapport à 2016, mais qui n’atteint pas encore les chiffres de 2015.

1L’Organisation de coopération et de développement économiques

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