Que se passe-t-il en Syrie ?

On a cru que la défaite des islamistes mettait un point final aux affrontements en Syrie. On découvre aujourd’hui que la guerre n’a jamais cessé, et qu’elle s’étend.

 

Le régime bombarde les rebelles à l’ouest

Les raids aériens de l’armée syrienne et de son allié russe contre les derniers bastions rebelles atteignent un rythme jamais connu. Ils se concentrent sur la région d’Idlib, non loin d’Alep, et de la Ghouta orientale, une banlieue de Damas, la capitale. Ces zones sont dominées notamment par les groupes djihadistes d’une ex-branche d’Al-Qaida. La Ghouta orientale est assiégée par le régime de Bachar el-Assad depuis 2013. 400 000 personnes y sont piégées, en manque de nourriture et de médicaments. La situation humanitaire est jugée extrêmement grave. Les bombardements touchent fréquemment des civils, et en particulier des hôpitaux, en violation du droit international. Des attaques chimiques répétées ont été constatées par les humanitaires sur place, et sont dénoncées par les États-Unis. Le 8 février, l’ONU a échoué à imposer une trêve humanitaire de 30 jours, la Russie s’opposant à une telle résolution.

La Turquie attaque les Kurdes au nord

L’armée turque pilonne depuis le 20 janvier l’enclave kurde d’Afrine. À la frontière entre la Turquie et la Syrie, cette zone fait partie de la région semi-autonome proclamée par les combattants kurdes en 2016. Ankara y est fortement opposé, en particulier à cause de la présence d’une milice kurde qu’elle considère comme terroriste : les YPG (Unités de protection du peuple). Pour le président turc, les YPG seraient une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation autonomiste kurde contre laquelle il se bat sur son propre territoire depuis plus de 30 ans. La Turquie renvoie l’attaque d’Afrine à une question de sécurité intérieure, avec pour but de détruire les infrastructures militaires kurdes. Aucun pays ne semble s’y opposer, ni le régime syrien, qui a longtemps opprimé les Kurdes, ni les États-Unis, qui ont peu protesté au déclenchement de l’opération. En 2017, les YPG étaient en première ligne lors de la bataille pour expulser les combattants de l’État Islamique de leur fief de Raqqa.

Israël s’en prend aux bases iraniennes dans le centre du pays

Le 10 février, l’armée israélienne a mené une attaque contre des positions iraniennes en Syrie, près de la ville de Palmyre. Cette opération a été décidée en représailles après le passage d’un drone au-dessus du territoire israélien. Israël attribue ce lancement à une base iranienne, mais l’Iran nie toute implication. Un avion israélien F16 a été abattu, touché par la défense anti-aérienne syrienne. C’est la première fois que les deux puissances s’affrontent ouvertement, faisant craindre l’embrasement d’un nouveau conflit dans la région. La Syrie compte 3 ennemis d’Israël : le régime de Bachar el-Assad, l’Iran, soutien majeur du président syrien, ainsi que le Hezbollah libanais, un parti chiite satellite du régime de Téhéran. Au moment où la guerre tourne à l’avantage de Bachar el-Assad, Israël craint plus que tout que l’Iran prenne pied militairement en Syrie, non loin de sa propre frontière.

Les États-Unis et l’armée syrienne s’affrontent

Les États-Unis sont à la tête de la coalition internationale anti-djihadiste depuis 2011.  Le 7 février dernier, des soldats américains ont participé à une bataille qui a tué 45 combattants de Bachar el-Assad. Les partisans du régime étaient partis à l’assaut d’une zone défendue par des alliés de la coalition, l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS). La région attaquée abrite le quartier général des FDS, mais aussi un important gisement pétrolier. Les FDS, ainsi que les soldats américains, ont riposté et mené des représailles. Le régime syrien a qualifié l’opération de « massacre ». Washington a répondu que les États-Unis « ne cherchent par un conflit avec le régime », mais des combattants pro-régime ont promis de se venger. Le 17 janvier 2018, le secrétaire d’État américain (l’équivalent du ministre des affaires étrangères français) avait annoncé la poursuite de la présence américaine en Syrie. Rex Tillerson a alors expliqué les 3 objectifs de son pays : s’assurer que les groupes islamistes ne se reforment pas sur le terrain, contrer l’influence de l’Iran, et peser sur une éventuelle transition politique. Les analystes mettent en garde contre un nouvel enlisement de l’armée américaine.

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