Y a-t-il trop de pesticides autour de nous?

Le discours rassurant des autorités de santé est régulièrement remis en cause par des ONG, mais aussi par des chercheurs. Qui a raison ?

Les populations les plus exposées sont les agriculteurs et les riverains

L’impact des pesticides a surtout été étudié chez les agriculteurs. Il n’existe plus de doute sur le lien entre leur usage et le développement de la maladie de Parkinson, qui est aujourd’hui reconnue comme maladie professionnelle. En 2013, l’Inserm a analysé la littérature scientifique sur les risques des pesticides pour les agriculteurs depuis une trentaine d’années. L’institut de recherche en conclut un lien fort avec les cancers de la prostate et certains cancers du sang. Les produits phytosanitaires sont également fortement suspectés d’augmenter les risques de maladie d’Alzheimer et de leucémies, même si les preuves scientifiques sont moins nombreuses. Enfin, beaucoup d’entre eux sont considérés comme des perturbateurs endocriniens, ce qui signifie qu’ils interfèrent avec le système hormonal. Toute la communauté scientifique reconnaît qu’il faut éviter l’exposition directe des femmes enceintes, sous peine d’augmenter les risques de malformations congénitales et de cancers pour le bébé à venir. Les agricultrices ne sont pas les seules concernée. Selon l’Inserm, le risque s’étendrait aussi aux femmes enceintes et aux jeunes enfants proches des champs, des vergers ou des vignes. Après un épandage, les pesticides peuvent se disperser dans l’air sur plusieurs kilomètres, et être respirés par les riverains. Yeux irrités, problèmes respiratoires… L’agence française de sécurité sanitaire (ANSES) a reçu 74 plaintes en 2014, dans le cadre d’une évaluation du dispositif règlementaire. Cette même année, la commune viticole de Preignac a fait l’objet d’investigations pour un nombre anormalement élevé de cancers de l’enfant. Le 1er février dernier, le sénat a adopté un projet de loi visant à indemniser les victimes des pesticides, qui doit encore être voté à l’Assemblée Nationale.

Le taux de contamination des aliments reste dans les normes

La plupart des fruits et légumes contiennent de toutes petites quantités de pesticides. Il peut s’agir d’insecticides, d’herbicides, de fongicides,… ou tout cela à la fois. Le 20 février, l’ONG Générations futures a publié un classement des plus touchés parmi les produits issus de l’agriculture conventionnelle. Le rapport reprend les données officielles de la Direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF). En tête des fruits  : le raisin, dont 89% des échantillons présentent des traces de pesticides, ainsi que les clémentines (88,4%). Côté légumes, le céleri branche, les herbes fraîches et les endives se partagent les premières places. Ces données ne sont pas contradictoires avec les chiffres rassurants des autorités sanitaires françaises et de l’agence européenne (EFSA). Il s’agit la plupart du temps de quantités extrêmement faibles, et en dessous des normes toxicologiques très strictes harmonisées au niveau de l’Union Européenne. Depuis plusieurs années, les rapports de l’EFSA montrent que 97% des produits européens se situent sous la « limite maximale de résidus ». Cette LMR est définie pour chaque denrée, en fonction du seuil au-dessus duquel des symptômes peuvent apparaître chez l’animal. Les habitudes de consommation de la population sont aussi prises en compte, et une marge de sécurité importante est ajoutée, puisque la quantité trouvée est parfois divisée par 100 ou 1000.

La norme elle-même pose question

Les perturbateurs endocriniens représentent un problème pour le monde scientifique, car ils ne respectent pas les lois de la toxicologie. Le principe selon lequel un produit est de plus en plus toxique lorsque la quantité augmente n’est plus valable : ces molécules se montrent parfois plus actives à faible dose, comme l’ont prouvé de nombreuses recherches. Depuis plusieurs années, les scientifiques se penchent également sur l’ « effet cocktail ». Ils se sont aperçu que le fait de combiner certaines molécules les rendait beaucoup plus actives que prévu. Le résultat est souvent largement imprévisible. Il varie en fonction de la cellule, de l’organe, mais aussi des autres substances en contact avec la molécule. Plusieurs tests ont montré que nous étions tous, à différents degrés, contaminés par des polluants qui s’accumulent dans le foie ou les graisses. En 2013, l’Institut national de veille sanitaire (INVS) a ainsi mis en évidence la présence de plusieurs catégories de pesticides dans les urines, ou encore de PCB, une autre substance chimique problématique. Nous sommes aussi en contact avec des polluants dans l’air, l’eau, les cosmétiques ou les produits ménagers. Les quantités restent petites, mais comprendre leurs effets croisés est considéré comme l’un des défis de la science pour les prochaines années.

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