Que se passe-t-il avec la SNCF (au fait)?

Tout le monde est d’accord sur un point : la qualité du service n’y est plus. Il faut réformer, mais chacun défend sa vision, et elles ne se rejoignent nulle part.

Pourquoi le gouvernement veut-il supprimer le statut des cheminots ?

Le projet de loi présenté le 14 mars dernier propose de supprimer ce statut uniquement pour les nouveaux embauchés. C’est à cette seule condition que le gouvernement pourrait éponger les 54,4 milliards de dette de l’entreprise. Le gouvernement estime que ce statut protecteur empêche la SNCF de devenir suffisamment compétitive pour faire face à l’ouverture prochaine du train à la concurrence. Ses salariés coûtent plus cher et leurs conditions de travail sont moins flexibles. Le statut des cheminots comprend la garantie de l’emploi, des billets de train gratuits ou à des prix très bas pour leur famille, 3 jours de congés supplémentaires par an, la possibilité de logements, notamment sociaux, et une retraite entre 52 et 57 ans. Sur ce dernier point, une harmonisation progressive avec le régime général est déjà en cours. Certains employés de la SNCF bénéficient de 12 jours de récupération supplémentaires, en raison de leurs horaires très décalés. Ils touchent également des primes conçues pour compenser certaines conditions de travail, comme le fait de découcher ou de travailler le week-end.

Que répondent les cheminots ?

Leurs représentants soutiennent que la dette n’a pas été creusée par les salariés, mais par des choix politiques, et en particulier celui de développer des lignes à grande vitesse peu rentables ou déficitaires, comme le Tours-Bordeaux. Alors qu’en 1981 il fallait déboursé 4,9 millions d’euros pour construire 1km de ligne TGV, ce coût est monté à 23 millions en 2015. Les cheminots arguent que ces décisions stratégiques ont été prises au détriment de l’entretien du réseau. Ce serait aujourd’hui la cause des accidents, des dysfonctionnements et des retards. Pour eux, le statut des cheminots et les bonnes conditions de travail qui en découlent représenteraient une garantie de sécurité pour l’usager, et non un poids financier inutile pour la SNCF.

Le train doit-il vraiment s’ouvrir à la concurrence ?

C’est une obligation imposée par l’Union Européenne dans une directive de 1991. Le processus est donc déjà en cours. La SNCF a d’abord été scindée en deux parties. Les rails et leur entretien (« SNCF Réseau ») resteront un monopole public. La mise en concurrence concerne « SNCF Mobilités », c’est-à-dire les trains. Dès 2019, les régions seront autorisées à organiser des appels d’offre pour choisir à quelle compagnie elles confieront leurs lignes régionales. Si la SNCF perd, elle ne pourra plus les exploiter. Le TGV continuera à assurer les lignes nationales, mais il ne sera plus seul à partir de 2020. D’autres compagnies auront le droit de proposer leurs propres trains. Pour le gouvernement, l’introduction de la concurrence doit garantir un meilleur service pour l’usager, la SNCF étant incitée à faire davantage d’efforts pour conserver ses clients. Il cite notamment l’exemple de la compagnie nationale allemande, plus efficace qu’à l’époque de son monopole, et qui attire aujourd’hui encore plus de voyageurs.

Pourquoi les cheminots craignent-ils cette concurrence ?

Ils dénoncent une remise en cause de leurs acquis sociaux. Ils redoutent que le mouvement n’aboutisse en fin de compte à une privatisation et à des mesures brutales contre les salariés, comme celles qu’ont connu France Télécom ou La Poste. Ils rejettent également le transfert de cheminots vers les compagnies privées. Si la SNCF perd un appel d’offre régional, il est prévu que l’entreprise gagnante puisse reprendre du matériel et des salariés. Contrairement au gouvernement, les cheminots pensent que la concurrence peut aussi léser les clients du train. Ils mettent en avant l’exemple de la Grande-Bretagne, où le prix des billets a beaucoup augmenté. Ils alertent enfin sur l’avenir des petites lignes régionales. Aujourd’hui assurées par la SNCF au nom du service public, elles risqueraient de disparaître car trop peu rentables dans un contexte concurrentiel. Pour les cheminots, la solution est un réengagement de l’État, une reprise de la dette, et des investissements plus importants dans l’entretien des rails. Les syndicats affirment que la loi européenne prévoit des exceptions à la libéralisation.

 

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