Les « Paradise Papers », un immense scandale fiscal

Une enquête, menée par près de 400 journalistes, a démontré que de très nombreuses personnalités et multinationales échappent au fisc.

Des milliards de dollars sont dissimulés sous les cocotiers des paradis fiscaux… souvent dans la légalité.

350 milliards de dollars d’impôts non-payés

L’affaire des Paradise Papers a été révélée par une association de journalistes, le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ). Radio France ou le quotidien Le Monde en font par exemple partie. Il y a un an, le journal allemand Süddeutsche Zeitung reçoit plus de 13 millions de documents d’une source anonyme. Ils proviennent surtout d’Appleby, un cabinet d’avocats britannique spécialisé dans l’« optimisation fiscale », c’est-à-dire l’art de payer moins d’impôts. On y trouve des e-mails, des dossiers clients, des relevés bancaires, ou encore des documents judiciaires. Les médias se répartissent l’enquête pour vérifier les faits. Résultat : un véritable réseau financier parallèle apparaît au grand jour. Déplacer son argent à l’étranger pour fuir le fisc est un sport qui semble rencontrer encore plus de succès qu’on l’imaginait. L’économiste français Gabriel Zucman estime que 350 milliards de dollars échappent ainsi, chaque année, aux caisses des États à travers le monde. En France, le chiffre s’élèverait à 20 milliards de dollars.

De qui parle-t-on ?

Des entreprises multinationales, des sportifs, des stars, des politiciens… Au total, 120 noms sont cités dans les Paradise Papers. Les avocats d’Appleby leur ont bricolé des montages financiers personnalisés pour dissimuler de grosses sommes d’argent. Les dollars ont été placés (cachés) sur les comptes en banque de paradis fiscaux, ces pays où l’on ne paye quasiment pas d’impôts. Nike, Apple, Shakira, le grand patron Bernard Arnault, le designer Philippe Starck, des proches de Donald Trump, et même la reine d’Angleterre ont déjà été épinglés.

En quoi consistent ces montages financiers ?

Le plus connu est le recours aux sociétés « offshore ». Une entreprise qui souhaite cacher des profits peut créer une autre société dans un paradis fiscal, comme à Malte ou aux Bermudes. C’est une coquille vide, son seul rôle est de faire sortir l’argent de France pour l’installer là où il ne sera pas taxé. Un bon avocat peut ainsi créer plusieurs sociétés offshore pour brouiller les liens entre l’entreprise de départ et son argent. Bref, monter un écran de fumée destiné à aveugler le fisc français. Mais un particulier peut aussi trouver son bonheur chez Appleby. Imaginons qu’il possède un yacht de quelques millions d’euros. Les avocats peuvent lui proposer un « trust ». Le particulier cède de manière fictive son yacht à une société. Légalement, il n’est plus à lui, donc il ne paye pas d’impôt dessus. Dans la réalité, le contrat lui permet de continuer à profiter de son bateau comme si de rien n’était. Il se peut même que, dans ce micmac, la société acheteuse soit en fait à lui.

Va-t-on assister à un redressement fiscal MONDIAL ?

Non, dans la plupart des cas l’optimisation fiscale est légale. Les avocats ultra-spécialisés d’Appleby mettent toute leur énergie dans la recherche et l’exploitation des failles de la loi. Les sociétés offshore et les trusts fleurtent avec la limite mais ils ne la franchissent souvent pas. Quand c’est le cas, la législation opaque des paradis fiscaux et les montages financiers très compliqués rendent l’infraction difficile à prouver. La seule bonne nouvelle est que la loi s’améliore au niveau international : certains des schémas que l’on découvre aujourd’hui ne seront plus possibles d’ici deux ans. Mais certains seulement…

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